Chargé de recherches inventaire du patrimoine, Collectivité Territoriale de Guyane
- opération ponctuelle, patrimoine religieux de Guyane
- Collectivité Territoriale de Guyane
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Guyane
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Commune
Iracoubo
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Adresse
rue Eugène Ronda-Silva
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Cadastre
AB
21
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Précisions
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Dénominationséglise paroissiale
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VocablesSaint-Joseph
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Destinationséglise paroissiale
Emblème du patrimoine religieux guyanais, l'église Saint-Joseph d'Iracoubo (1887-1893) est une église construite en bois qui se distingue par son décor à l'inventivité débridée et une frappante polychromie déployée sur plus de 400m2. Ce dernier est le compromis particulièrement fécond des objectifs et des aspirations de deux protagonistes aux origines bien différentes, déplacés en Guyane au même moment: le prêtre breton Prosper Raffray (1859-1936) et le transporté décorateur parisien Pierre Huguet (1850- ?).
L'iconographie fixée par Raffray (voir en "description") est traduite en décor par le bagnard Huguet, condamné en mai 1889 et qualifié à plusieurs reprises de "peintre en bâtiment". Ce métier est alors en profonde structuration , du fait des évolutions sociétales. L'avènement de l'affiche, de la publicité ou du décor forain ont tôt fait, d'élever, dans les équipes, le décorateur an rang de quasi-artiste. Si la production d'artiste d'Huguet n'est pas documentée par un décor en place en dehors d'Iracoubo, on sait qu'il a oeuvré à la chapelle de l'ile royale des iles du Salut en février 1891, et qu'il décorait la mairie de Cayenne en novembre 1894, lorsqu'il est repris après une tentative d'évasion. Auxence Contout mentionne d'ailleurs des décors de "similimarbres et des guirlandes de roses dans la salle des séances" de l'ancienne mairie de Cayenne, détruite aujourd'hui. Lors de l'arrestation d'Huguet le 17 novembre 1894, sa possession d'un carnet à dessin et d'un crayon sont mentionnés.
A Iracoubo, le décor d'Huguet frappe par les motifs floraux foisonnants (qui semblent ne concerner que des essences européennes), l'influence des lettrages publicitaires ou forains, les marbres feints et les choix chromatiques très tranchés. Malhabile dans le traitement des figures, Huguet s'est aidé d'un marouflage d'une sérigraphie très courante représentant saint Joseph et l'Enfant dans la chapelle du bas-côté est.
La première église d'Iracoubo est aménagée en 1859 dans un ancien hangar à coton donné par la famille Jacquet, selon un courrier du curé Robert au préfet apostolique de Guyane daté du 18 septembre 1873. Ce dernier se plaint de son incommodité et commente même: "quel triste! quel pauvre! quel incommode bâtiment pour y célébrer convenablement les Saints Mystères! Elle n'a ni forme, ni façon, et si je n'étais retenu par un saint respect pour un lieu aussi sacré, je dirais que rien ne peut dépasser l'absurdité et la sottise des personnes qui ont osé recevoir cet ouvrage".
C'est l'un des successeurs de Robert, le curé Prosper Raffray (1859-1936) qui entreprend la reconstruction de l'église peu de temps après son arrivée à Iracoubo en 1886. Selon une lettre de sa main rédigée plusieurs décennies plus tard, l'ancienne église conservera sa fonction jusqu'en juillet 1888. C'est au cours de l'année 1887 que débutent les travaux de la nouvelle église, "grâce à la bonne volonté et au dévouement d'un grand nombre d'habitants".
En octobre 1891, un transporté récemment condamné pour plusieurs tentatives d'évasion depuis l'ile Royale, où il était employé aux travaux de la chapelle, Pierre Huguet (1850- ?) rencontre le curé Raffray, probablement du fait de sa nouvelle affectation aux travaux de la route coloniale n°1. C'est à lui qu'on attribue généralement le décor peint, entièrement achevé lors de la consécration de l'église, le 6 janvier 1893. Quelques semaines plus tard, le 20 février 1893, Pierre Huguet s'évade du camp des transportés d'Iracoubo. Ulrich Sophie, qui était présent lors de la consécration, est le premier à mentionner Huguet dans "Le Cultivateur Guyanais" en 1958.
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Période(s)
- Principale : 4e quart 19e siècle , daté par source
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Dates
- 1892, daté par source
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Auteur(s)
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Auteur :
Huguet Pierrepeintre attribution par tradition oraleHuguet PierreCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Pierre Huguet (1850- ?), condamné transporté qualifié de "peintre en bâtiment.
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Auteur :
Raffray Prosperauteur commanditaire attribution par sourceRaffray ProsperCliquez pour effectuer une recherche sur cette personne.
Prosper Raffray (1859-1936), curé d'Iracoubo entre 1886 et 1936.
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Auteur :
L'église d'Iracoubo possède un plan rectangulaire d'une longueur approximative de 25m, comprenant la sacristie de 3,40m derrière le mur du choeur, pour 10m de largeur. Elle prend un plan basilical simple avec une nef flanquée de deux bas-côtés, le tout dominé par un clocher-porche. Selon François Macé de Lépinay, elle était plus courte à l'origine, elle aurait été agrandie vers le sud d'environ 2,50m après 1950, au moment où le clocher est rebâti.
L'ensemble des décors s'organisent sur les plafonds des bas-côtés, de la nef et du mur du choeur, selon une iconographie fixée par Prosper Raffray. Le sol est couvert de "carreaux de Marseille" en céramique qui apparaissent dans des archives manuscrites par Raffray, les murs latéraux sous les fenêtres hautes ont des peintures décoratives qui rappellent les carreaux du sol, mais également les ornements néogothiques blasonnés diffusés par Eugène Viollet-le-Duc en France après 1870. Le reste des boiseries reçoit des marbres feints relativement malhabiles.
L'iconographie des plafonds et du mur du choeur semble répondre précisément aux carences religieuses et sociétales identifiées à Iracoubo par le curé Robert et décrites dans un courrier du 18 septembre 1873: manque de cellules familiales traditionnelles, déficit d'autorité paternelle, carences en instruction religieuse, défaillance de la foi, surtout chez les enfants. le décor s'appuie donc sur la simplicité des formes, la limpidité du message structuré autour du modèle de la Sainte-Famille, la présence de chapelles favorisant la création de confréries ou d'oeuvres, et l'exposition insistante des valeurs inspirantes des deux modèles que sont la Vierge et saint Joseph.
A la fin de sa vie, au sujet de ce décor, Raffray écrit: "Comme récompense de tant de sacrifices librement et ferveusement consentis, le Bon Dieu permit un renouveau religieux et moral dans la population. Les offices étaient fréquentés au point que l'église semblait presque trop petite. Les oeuvres, en particulier celle de la propagation de la Foi et de la Sainte-Enfance, devinrent populaires à rendre jaloux le bon curé de Sinnamary".
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Murs
- bois pan de bois
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Toitstôle ondulée
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Plansplan allongé
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Élévations extérieuresélévation à travées
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Typologies
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État de conservationétat moyen
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Techniques
- peinture
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Statut de la propriétépropriété d'une personne morale
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Protectionsclassé MH, 1978
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Référence MH
- Collectivité Territoriale de Guyane
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- (c) Ministère de la culture
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Documents d'archives
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Archives Nationales de l'Outremer : H1296
Dossier transporté Pierre Huguet. Archives Nationales de l'Outremer. H1296
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Archives Nationales de l'Outremer : H3887
Dossier transporté Pierre Huguet. Archives Nationales de l'Outremer. H3887
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archives territoriales de Guyane : 19J47
Correspondance préfecture apostolique de Guyane. archives territoriales de Guyane. 19J47
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archives territoriales de Guyane : 19J192
Correspondance préfecture apostolique de Guyane. archives territoriales de Guyane. 19J192
Bibliographie
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archives territoriales de Guyane : Inventaire
L'église d'Iracoubo et son décor peint. François Macé de Lépinay. Coll. itinéraires du Patrimoine. Inventaire Général Guyane/Association AIMARA, 2004.
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archives territoriales de Guyane : 28J22
Ulrich Sophie. Le cultivateur Guyanais. Impr.P.Laporte. 1958.
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archives territoriales de Guyane : In oct 2642
Auxence Contout. Guyane d'hier et d'avant-hier. ARM imprimerie. 2010.
Documents figurés
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Archives Nationales de l'Outremer : H5098/a
Dossier anthropométrique de Pierre Huguet. Archives Nationales de l'Outremer. H5098/a
Chargé de recherches inventaire du patrimoine, Collectivité Territoriale de Guyane
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