La maison construite par Emmanuel Tolinga à Papaïchton est directement dérivée du modèle de l'hôtel du secrétaire de préfecture, place des palmistes à Cayenne. Selon le neveu d'Emmanuel Tolinga, Omissi Fossé, c'est après son élection en tant que maire de Papaïchton en 1969 qu'Emmanuel Tolinga, impressionné par l'escalier de l'hôtel cayennais, a souhaité l'imiter pour cet édifice construit en bois (entretien téléphonique avec Lionel Besnard, 28 janvier 2026).
Dans ses mémoires, le préfet Robert Vignon (1910-1989), qui a noué des liens privilégiés avec Emmanuel Tolinga, écrit en 1985: "Lorsque la commune de Boniville fut créée, Tolinga exigea, pour bien montrer qu'un règne nouveau commençait, que le nouveau chef-lieu soit appelé Papaïchton-Pompidou, ce dernier nom car il fut inauguré justement le jour où le président Pompidou fut élu à la magistrature suprême. Il avait choisi un terrain absolument neuf, sans aucune habitation, pour marquer son indépendance à l'égard des clans et villages. Le style des constructions fut modifié. Plus question des cases boni hermétiquement closes, en planches, auxquelles on accède par une porte très basse mais richement décorée de sculptures ou de peintures vives, couvertes de feuilles de ouaies".
Dans ce contexte, on comprendra l'aspect séduisant pour Tolinga de l'architecture de l'hôtel du secrétaire général, où Ziwès associe modernisme constructif et classicisme historiques hérité des modèles de l'empire ou de l'ancien régime à Paris ou Versailles.
L'historien Jean Moomou a également étudié l'évolution de l'architecture aluku/boni et plus précisément celle de Papaïchton à travers l'exemple de la mandature d'Emmanuel Tolinga. En 2011, il écrit : "Cependant, le règne de Tolinga inaugure une nouvelle conception du pouvoir, fondée sur une nouvelle appréhension de l’espace et sur une véritable utilisation de l’architecture moderne. Son village, devenu commune en 1969, reproduit le maillage routier des autres communes de la Guyane. Des rues parallèles et perpendiculaires arpentent le nouveau site. Une rupture nette apparaît donc par rapport à ses prédécesseurs. En effet, dans les villages boni, l’organisation de l’espace paraît anarchique : pas de rues, pas de clôtures qui séparent les maisons. Tolinga veut introduire de l’ordre : « […] Il nous disait [déclare Omissi Fossé] que les maisons ne doivent plus être côte à côte, elles doivent être espacées les unes des autres. De même que leurs façades principales doivent donner sur la rue comme ce que l’on observe en ville à Saint-Laurent, à Paramaribo […]. Le Gran Man devenu maire insistait beaucoup sur cet aspect-là".
Chargé de recherches inventaire du patrimoine, Collectivité Territoriale de Guyane