Conservatrice générale du patrimoine, directrice du service de l'inventaire du patrimoine en Guyane de 1999 à 2004.
- enquête thématique régionale, Patrimoine de l'économie aurifère en Guyane
- Collectivité Territoriale de Guyane
Dossier non géolocalisé
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Aire d'étude et canton
Guyane
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Commune
Remire-Montjoly
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Lieu-dit
Céïde
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Adresse
route des plages
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Cadastre
AP
775
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Dénominationsmaison, ensemble agricole
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Destinationsmaison
Actuellement considérée comme une construction de 1935, la maison de maître du Refuge est en réalité construite vers 1843, ce qui en fait l'un des édifices de ce type les plus anciens encore en élévation en Guyane. Ceci permet de réévaluer son statut dans le contexte de l'architecture coloniale du territoire, et, plus largement, dans le champ de l'architecture des habitations coloniales dans la zone Atlantique, puisqu'elle partage des similitudes avec l'architecture du même type en Louisiane ou aux Antilles.
Par ailleurs, les personnalités de ses acquéreurs successifs, ainsi que les activités qui lui sont associées, en font un ensemble patrimonial de premier plan pour l'ensemble du territoire, représentatif de l'architecture guyanaise et de son histoire.
L'acte de vente du 2 juin 1875, passé chez le notaire Dunezat à Cayenne, restitue l'ensemble de l'historique de la maison de maître jusqu'à son acquisition à cette date par les frères Aristide et Théodore Céïde, qui viennent d'engranger les immenses bénéfices des concessions aurifères des bords du fleuve Sinnamary. Aujourd'hui encore en élévation, la maison est ensuite vendue par adjudication le 17 juillet 1933 par Paul-Emile Hérard, héritier des Céïde, à l'industriel Georges Prévot, qui construit une usine et une distillerie sur les terres de l'ancienne habitation. A cette occasion, la description de l'objet de la vente ne laisse guère de doute sur le lien avec l'actuelle maison Prévot: "maison à un étage en bois et briques, couverte en tôle, avec grande galerie circulaire".
Entre 1843 et 1933, la maison a connu les propriétaire suivants, selon l'acte de vente susmentionné:
L'habitation Le Refuge, établie par Joseph Paguenaut (1815-1853) et son frère Marie-Guillaume-Arnaud (1805-1843) en 1843
Joseph Paguenaut, issu d'une famille girondine ayant compté plusieurs notaires à Cayenne depuis la fin du 18e siècle, dont son père Gaëtan, est désigné comme le constructeur de la maison de maître, peu après l'obtention de la concession par l'administration coloniale et un décret du 11 mai 1843. Son frère Arnaud, également mentionné, décède en août de la même année. Les actes de vente successifs désignent cette concession comme établie à "l'emplacement de l'ancienne paroisse de Rémire". C'est Joseph Paguenaut qui baptise l'habitation "Le Refuge" en réunissant à cette occasion les habitations Kerckove et Gros-Bois, acquises grâce à la succession de plusieurs propriétés de la famille Paguenaut.
Simon Lavergne (1856-1857)
Sévère-Assez-Clara Howe, veuve de Joseph Paguenaut, vend l'habitation dotée d'une maison de maître à Jean-Baptiste Lavau le 24 janvier 1856. Le même jour, contrat est passé chez le notaire bordelais Thierrée pour une revente de l'habitation à Simon Lavergne.
Philippe-Frédéric Virgile (1857-1875)
Le docteur Philippe-Frédéric Virgile (1807-1873), chevalier de la Légion d'honneur en 1855 et fils du cayennais François Virgile (1778-1843), esclave affranchi en 1781, acquiert l'habitation de Lavergne le neuf mars 1857. Le célèbre médecin cayennais l'associe à l'habitation dite de "Rémire" ou Barry qu'il avait acquise le 28 avril 1851. L'ensemble de la propriété Virgile atteint alors 380 hectares qui en font l'une des plus importantes habitations de l'ile de Cayenne.
Aristide et Théodore Céïde (1875-1933)
Les frères Céïde, chercheurs d'or, achètent l'habitation deux ans après la mort du docteur Virgile, auprès de sa fille Marie-Charlotte-Herminie Virgile épouse Therme, le 2 juin 1875. Associés aux Vitalo dans les placers Dieu-Merci et Saint-Elie, ils multiplient alors les achats de propriétés, et, comme Théophile Vitalo, cherchent à diversifier leurs activités et investir dans l'agriculture. Ils s'insèrent également dans l'héritage de familles prestigieuses en Guyane et se dotent d'une maison de campagne proche de la mer et de Cayenne.
Le 27 janvier 1887, le journal La Guyane décrit la réception du député martiniquais Marius Hurard à Cayenne, pendant laquelle on perçoit une rivalité Céïde-Vitalo dans la surenchère des propositions. Théodore décédé, c'est Aristide qui fait profiter de l'habitation au député : "Une partie de voiture à la délicieuse propriété de campagne de monsieur Céïde devait suivre le repas, mais l'affreuse saison des pluies que nous traversons en a décidé autrement. Ce n'était que chose différée. En effet, samedi dernier, monsieur Céïde, grâce à une accalmie, a pu conduire le député sur sa propriété à 10km de la ville".
Cependant, la documentation disponible livre des informations sur une villégiature de campagne plus spartiate que le luxe des propriétés urbaines des Céïde ou Vitalo. Dans l'inventaire après décès de Théodore Céïde, en 1883, la maison comprend un mobilier beaucoup plus simple que celui de sa maison à Cayenne. Des animaux y sont également mentionnés : "deux mules, deux petits chevaux, deux jeunes taureaux, vingt-quatre vaches et génisses, douze veaux, quatorze brebis et agneaux malades".
Dans l'annonce de vente de 1933, l'habitation est décrite comme une propriété de 380 hectares, couverte de "nombreuses plantations en plein rapport : café, cacao, bananes, citrons, coco, fruits les plus variés, immense jardin potager et plusieurs champs d'herbe fourragère. Un ruisseau de deux mètres de largeur traverse la propriété d'un bout à l'autre et se jette à la mer". Elle comprend également un bâtiment de servitude, un grand poulailler et quatre "bâtiments pour travailleurs".
Georges Prévot (1933)
L'industriel cayennais Georges Prévot acquiert la maison avec un terrain de 41 hectares auprès de Paul-Emile Hérard, héritier des Céïde par sa mère, le 25 février 1933. Une garantie hypothécaire déposée auprès du notaire Vautor en février 1935 permet de connaître la nature des investissements de Georges Prévot à cette date : la banque de Guyane lui accorde un prêt supplémentaire portant l'investissement total à 876 000 francs. La reconversion de l'habitation en usine à sucre et distillerie à rhum est alors "en voie d'installation". Un hangar métallique de 60mx24m a déjà été construit, il s'apprête à recevoir les machines.
Au 20e siècle, un édicule en béton est ajouté à l'ouest, et des parpaings de béton remplacent les lames ventilantes originelles sur une partie des élévations de la galerie. La charpente a été refaite en 1998.
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Période(s)
- Principale : 2e quart 19e siècle
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Dates
- 1843, daté par source
Construction à structure pan de bois avec assemblages tenon-mortaise, poteaux et aisseliers. Le remplissage est en briques, mais des restaurations au 20e siècle y ont également ajouté des parpaings de béton sur la façade postérieure. La galerie comporte en partie inférieure de l'élévation des lames de ventilation orientées. L'ensemble possède un étage avec un plan centré : un petit corps de bâtiment à un étage couronné d'un toit à quatre pans, entouré sur l'ensemble des quatre faces par une galerie.
La maison de maître ne semble pas avoir été beaucoup modifiée depuis sa construction vers 1843 et témoigne d'une mise en oeuvre partageant son plan avec des constructions coloniales françaises de l'arc atlantique (Louisiane et Antilles).
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Murs
- bois pan de bois enduit
- brique maçonnerie enduit
- béton parpaing de béton
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Toitstôle ondulée
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Plansplan centré
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Étages1 étage carré
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Couvrements
- charpente en bois apparente
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Élévations extérieuresélévation ordonnancée sans travées
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Escaliers
- escalier dans-oeuvre
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Typologies
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Statut de la propriétépropriété d'une personne privée
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Intérêt de l'œuvreà signaler
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Éléments remarquablesmaison, installation aquicole
Maison de maître parmi les plus anciennes en élévation en Guyane, avec vestiges d'une sucrerie industrielle, mériterait une protection.
- Collectivité Territoriale de Guyane
- (c) IGN
- DCJS/CRMH de Guyane
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Documents d'archives
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Archives Territoriales de Guyane : 2E1/60
Acte de vente du 2 juin 1875, notaire Dunezat.
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Archives Territoriales de Guyane : 2E2/97
Garantie hypothécaire de Georges Prévot. Minutes du notaire Vautor, 1935.
Bibliographie
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Archives Territoriales de Guyane : 8° 2846
Céline Frémeaux (dir.), Yannick Le Roux. Rémire, les habitations coloniales (XVIIe-XIXe siècles). Editions L'écarquillé. Paris. 2011
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Archives Territoriales de Guyane : 4J 139
Nathalie Cazelles. Evolution et adaptation des industries sucrières rhumières en Guyane, XVIIe-XXe siècles. Thèse. 2016
Périodiques
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Bibliothèque Nationale de France
Journal La Guyane du 27 janvier 1887
Chargé de recherches inventaire du patrimoine, Collectivité Territoriale de Guyane
Chargé de recherches inventaire du patrimoine, Collectivité Territoriale de Guyane